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Les destins opposés d'un même management


Claude Béglé, le charismatique Président de la Poste a démissionné ! Impossible, à cet instant, de ne pas penser à un autre patron à la personnalité comparable, Jean-Claude Biver.

Tous deux sont flamboyants, extravertis, engagés, remuants et compétents. Tous deux ont accepté un challenge de taille. Développer leur entreprise de façon rentable dans un environnement extrêmement concurrentiel. Leur seule différence, l’un travail pour l’économie privée, l’autre pour une entreprise étatique et leur chemin viennent de prendre des directions radicalement différentes.

Claude Béglé a décidé de partir. On lui reprochait tour à tour son style personnel, ses voyages trop fréquents, ses autres mandats (alors qu’il n’est engagé qu’à 50% pour la Poste). Bref, tout a été bon pour démontrer qu’il n’était pas l’homme de la situation et qu’il convenait de le remplacer au plus vite par un homme du sérail.

Dans le même temps, Jean-Claude Biver, patron charismatique et emblématique de Hublot, fait régulièrement la une des journaux, passe presque chaque semaine à la télévision ou à la radio. Tour à tour, on loue son énergie, sa vision, son engagement sans oublier son non-conformisme.

Tous deux ont été engagés pour redresser une entreprise connaissant des problèmes structurels. Tous deux ont eu pour mission de se battre pour restaurer ou maintenir la rentabilité de leurs entreprises respectives et par la même, garantir les postes de travail. Tous deux ont exploré et proposé de nouvelles approches, plus en phase avec le monde moderne et génératrices de plus values intéressantes.

Hublot était une petite manufacture sans beaucoup d’avenir, Jean-Claude Biver en a fait un des acteurs en vue du monde horloger suisse. La Poste Suisse est en train de perdre, comme toutes les autres postes, le marché du courrier, remplacé qu’il est par les courriels. Claude Béglé a fait son analyse de la situation et a découvert des poches de plus-values au sein de Postfinance et des services de la Poste Suisse à l’étranger. Mais, comme ses idées n’étaient pas en phase avec le politiquement correct helvétique, on les a systématiquement dénigrées et on l’on a sabordé ses idées avant même qu’il n’ait pu démontrer leur pertinence.

Jamais, peut-être, n’a-t-on vu pareil démonstration de l’impéritie qui consiste à préférer faire gérer des entités à vocation économique par des hommes d’appareil.

Si la Poste était une entreprise entièrement privée, il y a fort à parier que la mise en œuvre des solutions proposées par Claude Béglé, lui aurait permis de rester bénéficiaire, de continuer à remplir son rôle et de capitaliser sur les vertus helvétiques de bien facture et de fiabilité pour gagner des marchés dans des pays où les services postaux ne sont pas toujours aussi performants que la Poste Suisse. Libre de ses mouvements, c’est ce qu’a pu, dans un autre domaine, faire Jean-Claude Biver, en fort peu de temps. Cela aurait été tout bénéfice pour notre pays et aurait justifié pleinement les appointements somme toutes modestes de Monsieur Béglé.

Or, ce n’est pas ce qui va se passer. Claude Béglé s’est lassé des critiques et des cabales et s’en va. Le Conseil fédéral, dans sa grande sagesse, le remplace par un personnage rompu aux subtilités bernoises mais dont la carrière s’est déroulée essentiellement dans divers organismes associatifs aux préoccupations très éloignées du management et des évolutions de marché.

La conséquence ? Selon toute vraisemblance, les bénéfices de la Poste iront en s’amenuisant avant de virer au rouge. Le Parlement votera alors des subsides pour que le dernier habitant de la vallée la plus reculée des Grisons puisse recevoir son courrier dans une boîte aux lettres sise à moins de cinq mètres de son domicile. Solution coûteuse mais parfaitement en phase avec la culture helvétique du compromis…pour ne pas dire de la médiocrité !

On ne peut s’empêcher de regretter amèrement le gâchis qui se prépare. La Poste Suisse, comme Hublot naguère, a encore entre les mains tous les atouts nécessaires pour réaliser un développement et atteindre des résultats en phase avec l’économie actuelle. Mais, manifestement, nombre de personnes hauts placées préfèrent maintenir un style de gestion hérité du passé, quitte à augmenter les impôts pour financer les pertes futures de la Poste. Dans le même temps, les actionnaires de Hublot engrangeront les bénéfices découlant de la mise à la tête de l’entreprise d’un manager performant et innovant. D’ailleurs, les nouveaux actionnaires de Hublot ne s’y sont pas trompés. Ils ont maintenu Jean-Claude Biver à son poste. La Poste avait eu la chance de trouver un homme de même stature. Elle l’a dégouté !