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Gérer sa carrière professionnelle, c'est accepter de ne pas la gérer


Longtemps, il y eu la loyauté, la fidélité à son employeur, à sa voie professionnelle, préprogrammée dès la fin de ses études. On rejoignait une grande société et elle gérait votre carrière jusqu'à la retraite. On était ingénieur, comptable ou juriste. Et on le restait toute sa vie.

Puis il y eut les tourmentes économiques, la révolution des technologies, la mondialisation, avec le choc d’un changement d'échelle accéléré : tout était "nouveau". Les tristes licenciements entraînés par les bouleversements et disfonctionnements de tous ordres sont vite entrés dans les moeurs. Seul antidote, au plan humain: l'employabilité. Des gourous ont alors livré d’excellents conseils : "Soyez employables. Formez-vous en permanence, prenez des initiatives, adaptez-vous aux évolutions, mettez vos compétences à jour, développez vos capacités professionnelles, dans ou hors de votre entreprise."

Certes. Mais dans quelle (in)stabilité économique? Dans quel métier? Du reste, que reste-il des voies professionnelles traditionnelles ? Chacun s’en rend compte, l'effet conjugué de l'évolution accélérée des technologies, de la mondialisation, du durcissement du climat économique et de la compétition effrénée entre états, régions, entreprises et individus, crée désormais une situation qui ne peut être qualifiée que par un adjectif : excessive.

A l’évidence, nous vivons l'époque de tous les excès. Excès de complexité, excès de concurrence, excès de dureté des relations entre entités économiques et personnes, sans parler de la surcharge de travail. Il y a un véritable changement de dimension des défis ou problématiques auxquels l’on choisit - ou non - de s'attaquer.

Sommes-nous préparés ? Pas vraiment, voire pas du tout. On reste surpris de la vitesse et de l'ampleur de mutations qui sont sans doute loin de se calmer. Par leur complexité, les nouveaux problèmes auxquels les générations du 21ème siècle sont exposées semblent n’avoir plus aucune commune mesure avec ceux du passé.

Faut-il pour autant céder au pessimisme, céder à la résignation fataliste du "no future" ? En aucun cas. Car l'espoir et la volonté ont toujours été une force de nos sociétés. Quand tout change, tout devient possible, en particulier ce qui ne l'était pas auparavant.

Quand des règles de jeux, des principes et des attitudes figés par le temps entravent  les hommes, leurs idées et leurs possibilités pendant si longtemps, n’est-il pas salutaire d'en finir enfin ? A l’évidence, le moment est venu, bon gré mal gré, de renouveler, de réinventer un cadre différent et de savoir saisir d'autres opportunités. Est-ce un bien ? Assurément. Pourquoi ? Pour s’assurer plus de variété, plus de diversité, plus de possibilités, plus d'efficacité, plus de tout.

Branches, professions et métiers sont en mutation depuis près de vingt ans. C'est le grand chambardement, qui déstabilise, suscite l’appréhension et accroît la difficulté à naviguer dans sa vie professionnelle.

Le vrai problème, particulièrement gênant, est que la première génération qui se trouve exposée à cette nouvelle situation a ses racines dans le passé. Elle a été éduquée par des parents qui ont vécu les anciennes règles, les anciens métiers et les anciennes réalités professionnelles. La plupart de ces adultes, à la maison comme à l'école (les enseignants) continuent souvent à prêcher leurs convictions, leur doctrine. L'ancienne. Celle qui recommande la continuité, la stabilité et la prudence.

Or, notre nouveau monde est, au contraire, celui de la discontinuité, de l'instabilité, de la complexité. Il permet donc l'aventure, la prise de risques, l'audace, la créativité. Ce monde a changé. On l’a déjà beaucoup dit. Mais, malheureusement, on n'a toujours pas vraiment compris ce renversement de valeurs, ni pris sa vraie mesure. Et peu fait pour s’y adapter. Cela signifie que gérer sa carrière, aujourd’hui, c’est peut être accepter de ne pas la gérer.

Toutefois, il n’est pas question de subir. Au contraire, avec ouverture d’esprit, il convient de surmonter tout pessimisme, d’accepter de s’adapter et, surtout, de percevoir aussi les chances offertes...