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Le moment d'engager des compétences (quand elles sont disponibles)


En Suisse. des entreprises  licencient encore, le chômage  progresse et le nombre de faillites s'accélère. C'est vrai. Pourtant, les instituts de prévision annoncent une sortie de récession plus rapide que prévue. Au point que le Conseil national a sérieusement limité le 3 paquet conjoncturel de la Confédération. Pour sa part, la hausse générale  des marchés boursiers  estompe  le catastrophisme qui a marqué les esprits depuis l'automne dernier.

Le climat psychologique des entreprises, lui, n'a malheureusement guère évolué. Dans tous les domaines règne  un attentisme prudent,  avec un gel absolu de l'investissement et du recrutement. Oser demander si cela est bien raisonnable peut donc passer  pour  de  la provocation.

Allons donc au-delà des préjugés, pour considérer quelques réalités. Aux Etats-Unis,  pourtant durement touchés par la crise, certaines banques ont déjà remboursé les avances consenties par l'Etat, afin d'avoir les coudées franches et pouvoir à nouveau recruter qui elles veulent, au salaire qui leur parait convenable pour attirer les meilleurs professionnels.

Une fois de plus, la réactivité américaine s'oppose à la prudence timorée des européens. Dans ce contexte, qui croire et qui suivre ? Les Anglais peut-être. Car la City de Londres, après avoir licencié trop massivement, commence à réengager.  Partout, on cherche des compétences.

Observateur privilégié, depuis des années, du monde des cadres supérieurs, nous ne pouvons nous défaire de l'impression que l'Europe n'a pas encore perçu que les mécanismes des crises ont changé, de même que la façon de les résoudre. Les modèles de prévision utilisés chez nous sont basés sur des données  historiques concernant des crises  peu fréquentes, mais sévères, telles que nous les avons vécues en 1974 par exemple, alors que notre horlogerie perdait un emploi sur deux. En ces temps-là, les crises étaient comme les maladies chroniques, peu fréquentes mais graves. Aujourd'hui,  on semble être plutôt en face de phénomènes aigus rappelant l'infarctus du myocarde.

La crise actuelle a éclaté d'un jour à l'autre, même si certains, rares avaient pris conscience de signes annonciateurs,  sans pour autant être entendus.  Le phénomène a

été brutal  et aigu, mais les médecins appelés à son chevet ont appliqué  des remèdes auxquels personne n'aurait osé penser naguère. Résultat: alors que certains se préparent encore au pire. d'autres parlent de retournement pour le début 2010, déjà.

La remontée des marchés boursiers, depuis mars dernier, est unanimement  perçue comme un signal favorable. La convalescence plus rapide que prévue de la Chine et la bonne tenue d'autres pays du BRIC, Brésil et Inde en particulier, sont aussi des indicateurs sérieux. Cette évolution avait été prévue par un patron de General  Electric, il y a bien des années déjà, qui affirmait que les crises seraient de plus en plus fréquentes et aigües, mais aussi plus courtes. A première vue, il avait raison.

Certains, chez nous, prétendent encore que pour remédier à la situation, la panacée est une limitation de la rémunération  des cadres dirigeants.  Mais d'autres, à Londres, à New York, voire même en Suisse, sont plus avisés. Il y a bien longtemps, un  banquier de renom, entré dans la légende, recommandait  de vendre au son du clairon et d'acheter au son du canon.

Le parallèle avec le marché  des cadres les plus performants est saisissant.   Certes, tenter de conserver à tout  prix un cadre dans un marché en plein boom peut conduire à des exagérations de rémunération que nous n'avons jamais niées. Par contre, ne plus payer des rémunérations compétitives en temps de crise, conduit les meilleurs à se chercher un nouvel employeur. D'expérience, le moment est propice au recrutement de cadres compétents, performants et compétitifs. Car, malmenées par la crise et les difficultés, voire une mauvaise stratégie ou des conditions peu compétitives et une ambiance interne tendue,  nombre d'entreprises  ont déçu ou perdu la confiance d'une partie de leurs cadres, souvent les meilleurs, dont la loyauté est désormais affaiblie. De plus, la crise a incité ces cadres de haut vol à modérer quelque peu leurs prétentions. Pour des sociétés actives dans des créneaux porteurs, le moment est  donc idéal pour approcher discrètement des professionnels de premier plan et leur offrir des possibilités de poursuivre leur carrière dans des conditions, un cadre et une atmosphère plus favorables.  Il y a donc une fenêtre d'opportunité dans laquelle des collaborateurs de grande valeur, inamovibles dans un passé encore récent, sont désormais à la portée de ceux qui prendront l’initiative de les séduire.

Il faut toutefois savoir exactement ce dont on a besoin, et, surtout, ce que l’on peut offrir en termes d’intérêt du travail, de développement de carrière, d’environnement motivant et, accessoirement, de rémunération. Car contrairement à une idée fort répandue, ce dernier élément n'est de loin pas celui qui compte le plus.

Pour les cadres de 40 à 50 ans, qui sont la force vive de notre économie, la vraie priorité est de prendre plaisir à leur travail et pouvoir assumer des responsabilités qui comblent leurs aspirations Pour eux, la rémunération n'est pas une fin en soi, mais la conséquence d'un développement personnel  et professionnel réussi. Trouver une position qui permet à la fois un épanouissement professionnel et personnel devient essentiel.

Définir les besoins, identifier les bons éléments et les approcher de façon confidentielle  est une démarche qui requiert des conseillers d'expérience, sachant à la fois analyser les adéquations  techniques, les motivations  profondes, les facteurs d'attraction et, surtout, les meilleures concordances possibles entre culture d'entreprise et aspirations personnelles. Seuls les consultants maitrisant la complexité et l'interaction entre ces différents paramètres, afin d'identifier et approcher leurs cibles avec le doigté, la finesse et la discrétion appropriée, sauront convaincre ces personnalités d'accepter un  nouveau   challenge. La chance à saisir? Profiter de la crise pour recruter les professionnels qui assureront le succès dès la reprise, surtout si elle est plus rapide que prévue.  Encore faut-il savoir par qui se faire accompagner, appuyer.