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Confions la formation à la Confédération


Lors d’un récent forum, des personnalités de premier plan, dont Daniel Borel (Logitech), ont plaidé pour que la responsabilité de l’éducation soit confiée à la Confédération. Alors que Pascal Couchepin répondait benoîtement que celle-ci n’en avait pas les moyens, évitant ainsi de s’engager sur le fond, les partisans du statu quo ont défendu avec véhémence la primauté des cantons.

Il s’agit là d’un faux débat. En effet, la globalisation de l’économie est une réalité incontournable. L’Europe et la Suisse vont se retrouver laminées par les deux géants que sont les USA et la Chine. Alors que nos politiciens se déchirent sur les responsabilités des différentes instances politiques, notre industrie, elle, a déjà commencé à délocaliser des unités de production. Pour continuer à garantir leurs généreuses prestations, des cantons comme Genève et Vaud, voire la Confédération, s’endettent de façon massive, bientôt intolérable. D’ici peu, nous allons être confrontés à un problème existentiel majeur : accepter de ramener notre train de vie à des niveaux plus modestes ou, alors, orienter notre économie sur des activités dégageant une valeur ajoutée suffisante pour maintenir salaires et qualité de vie.

Privé de richesses naturelles, fortement urbanisé, notre pays ne peut s’en sortir que s’il cultive l’excellence à tous les niveaux : main-d’œuvre, encadrement moyen ou top management. Dans la compétition globale qui s’annonce, seuls les meilleurs survivront. Le Prof. Yves Flückiger l’a relevé récemment : « si le chômage est élevé à Genève, ce n’est pas à cause des frontaliers, mais bien parce qu’une proportion croissante de la population n’a pas les compétences nécessaires aux entreprises de pointe qu’abrite la région genevoise ».

Or, force est de constater que seules les Ecoles Polytechniques Fédérales de Zurich et de Lausanne, ainsi que la Hochschule de Saint-Gall, peuvent se comparer aux meilleures institutions mondiales. Certes, nos Universités et nos HES distillent un enseignement de qualité mais, vu les contraintes budgétaires des cantons, elles sont incapables d’attirer les professeurs susceptibles de les amener au niveau requis d’excellence.

Cette réalité est déjà sensible en matière de recrutement de cadres supérieurs. Confrontés aux besoins en recrutement de notre économie, nous constatons que nombre de Romands ont les capacités intellectuelles requises, mais souffrent de connaissances linguistiques totalement insuffisantes.

Trop de managers romands sont médiocres en anglais, nuls en allemand. Dans le même temps, nous voyons arriver des étudiants de l’Université de Pékin qui, sans avoir jamais quitté la Chine, parlent le français aussi couramment que nous. Pour les Suisses, il devient donc urgent de maîtriser parfaitement, comme leurs homologues chinois, au minimum une langue étrangère, voire deux. Il ne suffit pas de pouvoir lire le Financial Times, il est essentiel de pouvoir s’exprimer avec toutes les nuances et subtilités voulues.

Les exigences liées à la globalisation ne concernent d’ailleurs pas que les langues. Il est donc impératif de mettre en place les moyens qui permettront à chacun d’acquérir le niveau de formation nécessaire pour survivre dans le monde de demain. Hélas, aucun canton n’en a les moyens.

Seule une volonté nationale permettra une approche unique de l’éducation, favorisant la mise en place de programmes et d’enseignants capables d’assurer à tous un niveau de connaissances de qualité supérieure, dans toutes les disciplines essentielles. Aujourd’hui, nos particularismes locaux ainsi que la multiplicité des approches, philosophies et manuels scolaires engendrent des surcoûts faramineux, pour des résultats très insuffisants.

La Suisse n’a pas le choix. Soit elle se dote d’outils éducatifs permettant à tous d’atteindre les niveaux requis, soit son niveau de vie, ses emplois et son attractivité internationale vont s’effriter de façon toujours plus marquée. Mais un tel effort a un prix, qu’aucun canton ne peut assumer seul. Il est donc urgent de revoir nos priorités et de mettre nos ressources en commun, afin de disposer des professeurs, des écoles et des programmes qui nous permettront de résister à la concurrence mondiale.