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Pourra-t'on s'en passer?


Alors que rien ne me prédisposait à ce métier, j'ai passé trente ans dans l'executive search. J'ai ainsi dû rencontrer personnellement plus de 10000 candidats. De quoi avoir affaire à tous les types de personnalités que l'humanité a créés, des incapables aux arrogants en passant par les super génies". Le secret de la longévité d 'Eric Denzler comme chasseur de têtes? Probablement sa passion pour les gens, les interactions entre eux et l'adéquation entre les membres d'une équipe. Un intérêt qu'on n'abandonne pas du jour au lendemain. A bientôt 73 ans, il cède au 1er janvier le poste de managing partner de la société du même nom qu'il a créée en 1996 à Jack Salom, partenaire de longue date. Mais ce n'est qu'un retrait partiel: il va garder quelques clients avec des responsabilités de conseil tratégique et de formation d'équipes.Lever le pied, oui. Arrêter, non.

Mais comment, à plus de 70 ans, avoir toujours autant de plaisir et de succès? Un succès relatif: "je n'ai pas créé un groupe international comme Egon Zehnder, numéro 1 suisse et européen de l'executive search", tient-il à préciser. Une réussite malgré tout: son cabinets se considère comme le numéro 1 romand du domaine. Et vient de terminer une année record, avec un chiffre d'affaires en hausse de 50%.

INTUITION

C'est qu'Eric Denzler se prend rarement au sérieux. "Cela aide". Autre trait de caractère: comme tout musicien (il a failli devenir violoniste), il a une sensibilité exacerbée. "Cela permet de mieux appréhender les non-dits." Or dans un monde toujours plus complexe, et notamment dans l'executive search, il faut avoir la faculté de comprendre rapidement les problèmes des gens. Ce qui exige professionnalisme. Et intuition, mot que l'on a tendance à rayer de l'univers professionnel. Mais pas Eric Denzler. Qui ne craint d'ailleurs pas de démonter quelques mythes en termes de recrutement. Les séniors? Celui qui a notamment travaillé pour Forbo, McKinsey et Spencer Stuart (dont il a été le directeur suisse pendant dix ans) est un fervent militant de l'allongement de la vie active. Bien sûr, pour certains métiers qui le permettent. Et pour les gens qui sont encore en forme. " Dans les milieux du management, des professions libérales et intellectuelles, les entreprises qui mettent les sexagénaires à la retraite se coupent d'une expérience incomparable.". Celui qui à créé sa société à plus de 60 ans fustige au passage l'Etat qui décourage les gens qui ont dépassé la septentaine à être autonomes (en raison de disposition fiscales hostiles aux aînés).

NON RESOLU

Les femmes ? Il a toujours voulu qu'il y en ait davantage aux postes dirigeants. " Dans tout mes mandats, je demande si une candidature féminine peut convenir. On me répond toujours oui. Mais dans les faits, j'ai très rarement pu en placer: la majorité des entreprises suisses ne sont pas mûres pour être dirigées par une femme.". Sans compter qu'à ses yeux, la question de faire des enfants et une carrière n'est pas toujours résolue. "Après trente ans dans ce métier, je n'ai toujours pas de réponse, si ce n'est que davantage de crèches et des horaires plus souples seraient utiles." Les cadres étrangers ? "La tendance va augmenter, ne serait-ce que pour des questions mathématiques: avec une économie qui fonctionne très bien et 7 millons d'habiteants, il n'y a pas assez de candidats. Seul un petit pour cent d'une population deviennent des managers valables". .Mais il n'y a pas que les statistiques. "Les dirigeants étrangers sont souvent plus mobiles, plus agressifs et moins autosatisfaits". La mobilité justement? Ce n'est pas forcément que les Suisses n'aiment pas le changement. "Les cadres dirigeants ont généralement entre 40 et 50 ans, l'âge ou l'on vient souvent de s'acheter un bien immobilier. Dans plusieurs autres pays, si vous prouvez que vous vendez votre logement pour des questions professionnelles, vos impôts sur la plus-value sont fortement diminués. Ce n'est pas le cas en Suisse où vous êtes considéré comme un spéculateur et où le gain immobilié est taxé à un taux extrêmement élevé en cas de revente rapide". Sans parler des 26 systèmes cantonaux d'éducation, qui font s'étrangler Eric Denzler. Le directeur qui redynamisera tout l'organisation? "Le mythe de l'agent de changement est une théorie largement répendue dans le management": C'est très bien de nommer quelqu'un de très capable, avec de nombreuses idées de rénovation. "Le problème, c'est qu'on sous-estime trop souvent la culture d'entreprise, cette notion extrêmement diffuse et non mesurable. Beaucoup de dirigeants imperméables à celle-cy s'y sont cassés les dents.

REVOLU

Le très helvétique système de milice? "Les Suisses y sont encore attachés. Mais aujourd'hui, ne réuissent que les dirigieants 100% professionnels, rompus aux dernières techniques de leur domaine, ayant une solide formation et ayant passé dans différentes sociétés. De même qu'un pilote de F16 n'est plus un milicien, un comptable ne peut plus devenir le directeur financier d'un groupe international de 5000 personnes. Officier supérieur qui devient automatiquement dirigeant: cette époque est à tout jamais révolue".

UNITE DE VUES

Jack Salom côtoie professionnellement Eric Denzler depuis des années. Ils ont notamment lancé ensemble, en 1996 et avec Fabrice Dago la banque de données interactives Talents. Et en 2004, il a rejoint la société nyonnaise créée par Eric Denzler qui compte aujourd'hui cinq personnes. Auparavant, cet ingénieur chimiste (tout comme Eric Denzler) docteur ès sciences techniques de l'EPFL et diplômé de l'IMD, a travaillé pour Instrumatic, un jeune multinationale d'origine suisse rachentée par la suite par Motor-Columbus), avant de rejoindre en 1988 DBM (numéro 1 suisse et mondial de l'outplacement), dont il a été directeur général pour la Suisse de 1996 à mi 2004.