In The Media

 

Le profil des compétences a subi une mutation sans précédent


Les multiples plans de restructuration annoncés par les acteurs de la place financière ces derniers mois ne sont pas seulement dus à la crise. Les directeurs des établissements concernés par ces mesures sont en partie directement responsables de ces licenciements. Leurs employés paient en partie le manque d’anticipation de ces dirigeants centrés d’abord sur les résultats immédiats de leurs banques respectives avant de penser à son avenir. Le spécialiste des ressources en management Eric Denzler défend ces thèses tirées d’une expérience de plus de 30 années passées dans le monde du recrutement de personnes à fortes qualifications dans le cadre de Denzler & Partners à Nyon.

Selon vous, les turbulences dans le monde bancaire sont d’abord d’ordre culturel avant d’être conjoncturel. Pouvez-vous préciser?

Un industriel privilégiera de se concentrer sur la planification de son développement à l’horizon de 3 à 5 ans avant de seulement penser aux entrées de commandes, essentielles par ailleurs à son développement. Les banquiers, eux, vivent de coups. C’est totalement différent. Après des années de vaches grasses, le milieu bancaire dégraisse massivement à cause de la crise au lieu de chercher par tous les moyens à conserver ses meilleures compétences. Alors que ces ressources humaines seront le meilleur capital sur lequel le milieu bancaire pourra s’appuyer en cas de reprise. Des employés continuent pourtant de payer les frais des erreurs de leurs supérieurs et arrivent tous les jours sur le marché du travail. Le monde bancaire vient de subir une crise cardiaque mais n’a pas succombé pour autant. Attachons-nous à le soigner avec des méthodes modernes. La place financière suisse dispose de compétences indéniables notamment dans la gestion de fortune. Toutefois, dans les prochai nes campagnes de recrutement, les responsables de ressources humaines seraient mieux avisés de mieux cibler les compétences dont ils auront besoin à l’avenir. Le profil de l’employé bancaire a subi une mutation sans précédent ces dix dernières années. Certaines formations proposées aux jeunes se lançant dans le milieu ne correspondent plus en partie aux attentes de leurs futurs employeurs. Ils suivent des formations de pointe mais certaines ne sont plus adaptées au monde contemporain. Raison pour laquelle le back office a vu ses effectifs fondre durant la dernière décennie, remplacé par l’informatique. L’essentiel du succès repose maintenant sur le front office. Une banque devrait donc penser à «benchmarquer» ses employés avant de songer à s’en séparer.

Comment expliquer que les banques privées semblent mieux s’en sortir dans cette situation particulièrement préoccupante?

Dans ces établissements, qui se comptent sur les doigts d’une main, les gérants de fortune ne sont pas des mercenaires centrés sur le profit généré à court terme mais des spécialistes de la gestion de portefeuille au sens plus traditionnel du terme. Les intérêts du client prévalent sur ceux de la banque ou de quelques stars en mal de résultats. Leur réussite vient en partie de ce postulat.

Ces acteurs se sont pourtant eux aussi séparés d’éléments importants. Certaines banques régionales ont profité du transfert de certaines fortunes délaissant certains acteurs plus institutionnels menacés de fermeture faute de garantie suffisante de l’Etat capable d’assurer leurs avoirs en cas de faillite. Certains gérants ont accompagné ce mouvement. Mais, à long terme, les établissements qui les accueillent ne s’avèreront pas gagnants. Un gérant disposant de 200 millions de francs d’actifs sous gestion part d’un site A à un site B. Mais le plus souvent seuls 15 à 20% de son portefeuille (40 millions de francs) le suivent. Les clients sont moins mobiles que l’on ne le croit. Avant d’être géré, leur argent leur appartient. Je suppute que ces gérants recrutés à prix d’or n’atteindront pas les résultats escomptés aux yeux de leurs nouveaux employeurs. Débauchés, leur situation n’en reste pas moins précaire.

Vous remettez donc en cause les compétences de ces professionnels de la finance?

Le milieu a besoin de personnes faisant preuve d’ouverture d’esprit, parlant plusieurs langues (trois au minimum), dotées d’un savoir mathématique certain afin de maîtriser des outils financiers devenus de plus en plus complexes. Nous ne pouvons nier que les banques ont besoin de compétences plus pointues que celles disponibles sur le marché à l’heure actuelle. Celles-ci leur permettront d’entamer une mutation devenue impérative pour assurer, sinon leur survie, du moins leur compétitivité. Considérez-vous les attaques sur le secret bancaire comme une menace pour ce corps de métier et ses employés ? Lors de l’amnistie fiscale proposée en Italie des milliards de francs sont repassés de l’autre côté de la frontière. Après avoir régularisé leur situation, leurs propriétaires ont une nouvelle fois confié leur portefeuille aux banques suisses faute de personne compétentes capables de les gérer en Italie. Notre réputation a, continue et continuera d’attirer de nouveaux clients. Le savoir-faire suisse en la matière est une valeur internationalement reconnue. A la place financière suisse de s’adapter aux nouvelles règles. Ce message vaut aussi pour ses employés. Je reste persuadé que beaucoup, à condition d’acquérir les compétences nécessaires, ont encore leur place dans une banque et pas sur le marché du travail.